Saturday, June 8, 2013

Jazz à Montréal: en conversation avec Robin Bruneau


En vue du lancement du web-documentaire Jazz Petite-Bourgogne en juin, cette série d'entrevues expose la vision de créateurs du projet, en plus de partager l'enthousiasme d'acteurs de la scène musicale et du domaine des médias. Entretien jazzé avec Robin Bruneau, propriétaire du club de jazz montréalais Dièse Onze.


Dièse Onze
Quels styles de jazz peut-on entendre au Dièse Onze?
On y accueille vraiment des musiciens de tous les styles, que ce soit de jazz manouche, de Dixieland et d'influences new-yorkaises. Il y a, à Montréal, beaucoup de très très bons musiciens, si on compare avec l'Europe ou même New York. Et des petits lieux de spectacle comme le Dièse Onze (il y en a d'autres aussi) leur permettent de se produire. Car la mission du Dièse, c'est de faire jouer les musiciens qui ne jouent pas assez. Il peut s'agir de musiciens chevronnés comme Yannick Rieu qui joue du jazz depuis plus de 30 ans et qui s'y produit deux fois par mois. Ou encore, tous les mardis, d'un combo de jazz de l'Université de Montréal : de jeunes étudiants que l'on place en situation de concert devant une vraie clientèle.

Qu'est-ce qui caractérise la scène musicale montréalaise actuelle?
Beaucoup de musiciens passent leur baccalauréat à Montréal et vont par la suite se perfectionner à New York. On sent donc une forte influence new-yorkaise chez les plus jeunes. Et j'y reviens, mais ce qui caractérise la scène montréalaise, c'est l'abondance de musiciens qu'on y trouve. Il y a très peu de villes en Europe, par exemple, qui comptent quatre universités qui offrent une formation de jazz jusqu'à la maîtrise. Montréal est une remarquable pépinière de musiciens.

Robin Bruneau
Dans les années 1940, les cabarets du quartier La Petite-Bourgogne ont vu défiler de grands jazzmen. Y a-t-il des musiciens de renoms qui sont produits plus récemment au Dièse Onze?
De temps à autre, je fais venir des musiciens qui sont plus connus. Dernièrement, on a reçu Marc Copland. Et on a déjà eu David Binney, un saxophoniste assez en vogue à New York. Cependant, il ne s'agit pas de la mission du Dièse Onze que d'aller chercher de grands noms. Il existe d'autres clubs qui travaillent avec des musiciens internationaux, comme l'Upstairs. Comme on trouve déjà à Montréal une abondance de musiciens de talent, il me semble essentiel de faire d'abord travailler ceux-ci. Néanmoins, bon nombre de ceux qui passent au Dièse ont une réputation qui dépasse nos frontières. Je pense à François Bourassa, à Jean-Pierre Zanella ou encore à Yannick Rieu que j'ai nommé plus tôt. Ces musiciens font des tournées internationales en Europe, jusqu'en Chine... On connaît souvent bien mal les artistes d'ici.

Le jazz a connu ses heures de gloire à Montréal dans les années 1940. Croyez-vous que sa popularité est aujourd'hui en baisse?
Je crois que le jazz ne se démodera jamais, un peu comme la musique classique. Toutefois, il est nécessaire de faire des efforts pour recréer l'effervescence d'autrefois. Je suis de ceux qui pensent qu'il faut qu'il y ait plus de clubs de jazz, car je crois que c'est l'offre qui va créer la demande.

Avez-vous l'impression que certains musiciens vivent de nostalgie en retournant à d'anciens styles, au swing par exemple?
Il est vrai que le swing est un courant très à la mode – on fait même maintenant de l’électro-swing. Mais pour la plupart des musiciens, ces projets musicaux sont plus « alimentaires » que personnels. Ce courant nostalgique provient plutôt d'un mouvement populaire. Je crois au contraire que la majorité des musiciens ont une vision très moderne du jazz : une musique qui a énormément évolué avec le temps et avec son temps.

A meeting of minds - in conversation with Katarina Soukup and Jacques Charette


Leading up to the launch of the Burgundy Jazz interactive documentary in June, this series of interviews aims to explore the project creators’ vision, as well as reach out to key members of Montreal’s jazz and interactive communities. We sat down with Producer Katarina Soukup, President of Catbird Productions, and Jacques Charette, President of the Board at the Georges-Vanier Cultural Centre.
  

How did you first meet and begin collaborating?
Katarina: It was at the Rencontres Internationales du Documentaire du Montréal (RIDM) four years ago. Jacques overheard me talking about the “Lost Rivers” interactive documentary that I was producing, and introduced himself. With his background in real estate, he knows a lot about Montreal’s underground rivers, and offered to contribute to the project.
Jacques: I know about them (rivers) because they run beneath my properties!

Jacques Charette and Katarina Soukup
How did the idea of Burgundy Jazz take off?
Katarina: We were out for friendly lunch and started talking about Jacques’ older jazz musician neighbours in Little Burgundy. Everyone has heard of Oliver Jones and Oscar Peterson, but we wanted to capture a broader picture of oral history and lived experience, showcasing not only a few stars, but an entire community. Jacques came up with the initial synopsis for the project. For nine months, I pitched it as a traditional documentary, but didn’t get that much traction. Then it clicked – this was a perfect opportunity to create geo-localised and interactive content for web and iPhone. There was immediate interest in this concept, and Radio-Canada quickly got on board as a principal partner.

What inspires you about the arts in Little Burgundy?
Jacques: I always knew that I wanted to work in the arts. Not directly in making art, but in promoting my neighbourhood, an area that Montrealers have largely undermined over the years. It began with a real estate client of mine who was an arts liaison director in the neighbourhood. This led me to found Quartier du Canal, an organisation to give a voice to merchants in Little Burgundy, Griffintown and St-Henri, then finally to my role today as President of the Georges Vanier Cultural Centre. I have championed the Burgundy Jazz project since its inception, as it fits perfectly with the Centre’s broader mission of celebrating our local culture, giving a voice to residents, and being open to the community.

What was the personal connection that drove you to embark on this project?
Kat: I’ve always been a lover of urban history. My graduate studies were about memory, lived experience and oral history. So when this opportunity came up to explore such an exciting time in Montreal’s past that has largely gone unnoticed, I was immediately intrigued. Since many of the buildings of these great jazz clubs have been bulldozed, the neighbourhood has lost some its original cachet. I also felt it was important to honour and celebrate the point of view of black community, to recognize their contribution to Montreal’s current vibrancy, and active music scene. None of this would have been possible without Jacques. He was essential to getting traction in neighbourhood; it’s been a wonderful collaboration.

Friday, June 7, 2013

Web-documentaire Jazz Petite Bourgogne : conversation avec Pierre-Mathieu Fortin


En vue du lancement du web-documentaire Jazz Petite-Bourgogne en juin, cette série d'entrevues expose la vision de créateurs du projet, en plus de partager l'enthousiasme d'acteurs de la scène musicale et des médias interactifs. Entretien jazzé avec Pierre-Mathieu Fortin, chef de la création originale, Internet et Services numériques, à la Société Radio-Canada.


Pierre-Mathieu Fortin
À titre de diffuseur, qu'est-ce qui vous a séduit dans ce projet?
Jazz Petite-Bourgogne est un projet qui cadre bien avec les différents axes de contenu de la Société Radio-Canada. Il repose à la fois sur une approche documentaire, musicale, sociale et historique. Il met en lumière une belle portion de l'histoire de Montréal, plutôt méconnue. Et comme je suis moi-même un grand amateur de jazz, ce projet de web-documentaire m'a séduit dès le départ.

Quels sont les avantages du web-documentaire en rapport aux médias traditionnels?
Le documentaire est d'abord et avant tout un genre qui s'adresse aux gens curieux. La fonction interactive me semble primordiale pour ce genre puisqu'elle nous offre la possibilité de fouiller un sujet. Par exemple, le volet visite guidée de Jazz Petite-Bourgogne nous permet de découvrir le documentaire sur les lieux mêmes de l'histoire. Le web-documentaire sollicite tous les sens et offre un contenu très riche qui dépasse de loin celui d'un documentaire télé. Il nous permet d'explorer à notre propre rythme. Certains peuvent le visualiser de façon linéaire. D'autres peuvent dessiner leur parcours à leur façon, ou encore revenir à certaines portions du contenu vidéo qui auraient peut-être défilé trop vite dans un format traditionnel.

Qu'est-ce qui vous a le plus interpellé dans l'histoire que nous raconte Jazz Petite-Bourgogne ?
On connaît bien l'histoire des Québécois francophones de souche, mais bien peu celle du peuple noir dans la province. Jazz Petite-Bourgogne est une belle porte d'entrée pour la découvrir. C'est intéressant de voir, par exemple, comment la prohibition aux États-Unis a favorisé l'explosion du jazz au pays dans les années 1920; de découvrir comment l'ouverture du Québec aux autres a contribué à la migration de la population noire et a favorisé l'éclosion d'une culture bien particulière.

Montréal a été une capitale du jazz jusqu'aux années 1960. À votre avis, pourquoi sa scène musicale est-elle toujours aussi dynamique aujourd'hui?
Montréal à la fois une terre d'accueil et une ville ouverte aux différentes manifestations culturelles, que ce soit dans les domaines de la littérature, du théâtre ou de la musique. J'estime que c'est ce qui a toujours été la marque de commerce de Montréal, et on le voit bien dans Jazz Petite-Bourgogne. C'est la curiosité envers l'autre qui fait d'une ville une plaque tournante culturelle et le berceau de nouvelles formes d'expressions artistiques.

Qu'est-ce qui vous appréciez dans la musique jazz?
À l'origine, c'était une musique d'improvisation, faite par et pour les musiciens, et qui a par la suite séduit le public.  Le jazz a longtemps été une musique de marginaux, qui a suivi certains courants littéraires. Je pense entre autres aux écrivains Beat, comme Jack Kirouac et William S. Burroughs. Le jazz possède cette même liberté de forme que leurs écrits. Personnellement, j'aime cette expression de la pensée et de l'imaginaire sous cette forme musicale. J'écoute Herbie Hancock en ce moment et je suis également un grand admirateur de Miles Davis – même dans sa période fusion; j'aime ce mélange de jazz et de rock de Bitches' Brew et de In a Silent Way des années 1970. C'est une période qui me plait beaucoup, mais qui plait sans doute moins à mes voisins!

Wednesday, June 5, 2013

Burgundy Jazz Community Interviews: Erik Hove


Leading up to the launch of the Burgundy Jazz interactive documentary in June, this series of interviews aims to reach out to key members of Montreal’s jazz and interactive communities. We chatted with Montreal-based Saxophonist and composer Erik Hove about the contemporary jazz scene in Montreal and connections to previous generations of musicians. 


How did you first get into jazz?
I came from a musical family, and started playing saxophone in highschool because it seemed like one of the “cooler” band instruments. I was lucky to have a good band program and great teacher who inspired a lot of enthusiasm amongst the students and pushed us to enter competitions. It was a great way to build confidence, as I  went from writing a short solo in Concert band to improvising in the Stage band.

What drew you to Montreal?
Growing up in Kamloops, I initially began my university studies closer to home at the University of Victoria, but quickly realized that it wasn’t the best place to develop as a jazz musician. I was drawn to McGill, which at the time in the early nineties, was one of the few Canadian university granting a full degree in Music, which was an important criteria for my parents. I immediately fell in love with Montreal. There’s something unique in North America about it, I liked hearing conversations in two languages as I walked down the street. It’s cosmopolitan but small enough to have a good quality of life, you can walk most places, and the rents are still reasonably low.

Erik Hove 
You’ve also lived in New York, how did that compare?
Montreal has a vibrant jazz scene, but there’s a certain disconnect between jazz and the population at large. Whereas in New York, there’s more of a general interest in it, people have a greater appreciation and knowledge of jazz as being an important defining characteristic of the city. I studied with Blue Note recording artist Greg Osby for a year and a half, then stayed in New York for a number of years afterwards playing with my band Soundclash. But Montreal always felt like home, so I was glad to come back.

You’re known for playing and composing more experimental contemporary jazz; what would you say the connection is between the artsists from the golden age of jazz in Montreal, and what you’re doing today?
It may seem like a very different musical form, but it’s absolutely not disconnected from previous generations. I see my music as following in a tradition of improvisation and experimentation, which is a constant in jazz. It’s always been a highly innovative practice of pushing boundaries, a mix of individual and community-based expression, of finding your voice. The phrasing in my music is also derived from a swing rhythmic undercurrent, playing overtop in a way that’s rooted in bebop language. In fact, I still practice jazz standards in jam sessions and consider it to be a strong part of what I do. On a practical level, I also went a lot of great jam sessions at Biddles as an undergrad McGill student, so we were always aware of this tradition of great Montreal jazz musicians that preceded us. 

How do you see the future of jazz evolving in Montreal? 
I imagine it will continue as it has always been for the last little while. One of the things that I’ve always liked about Montreal is its experimental bent, with active scenes in free music, musique actuelle, or contemporary classical. There’s more overlap between genres and an openness here to more esoteric or experimental types of jazz. There’s also support and appreciation amongst different genres of musicians. One of my current projects actually involves working with a mix of classical and jazz musicians: a small contemporary chamber ensemble, a jazz rhythm section, accompanied by myself and a trumpet player, as part of my Jazz performance Masters at McGill. I’ve been lucky to have made a living mainly as a musician for the last eight years or so, and I think part this success has been due to this pluralistic view and an openess to playing and working with other types of music.